Le monde selon James Bond - Portraits secrets d'un monstre sacré

Pour une fois, c’est James Bond qui est passé au crible. Mais ce ne sont pas les balles qui le traversent (impossible, C’EST James Bond), c’est l’analyse du personnage au travers de l’ensemble de ses films, de James Bond contre le Docteur No à SPECTRE.

Résumé

Je m’appelle Bond, James Bond. Vous avez entendu cette formule à maintes reprises, mais savez-vous réellement qui est le mythique numéro 1 de l’espionnage international ? Avez-vous une idée claire de sa vision du monde ?Pour dissiper tout malentendu en la matière, l’agent 007 vous convie à une projection privée dans son appartement de Kings Road. Il vous dévoilera sa véritable nature, de ses plus grandes qualités à ses pires défauts. Il vous entretiendra de ses meilleurs ennemis. Mieux, il vous parlera du plus passionnant de tous les sujets : vous. Ne déclinez cette invitation sous aucun prétexte. Il est exceptionnel qu’un monstre sacré daigne se mettre à nu. Je ne le sais que trop bien…
Dangereusement vôtre,
Miss Moneypenny, secrétaire de l’unité 00 du MI6.

« L’addition de qualités royales et d’honneurs princiers a fait de moi un fantasme planétaire, un idéal à la fois inaccessible et familier qui excite conjointement l’envie des maris, la convoitise des femmes et les rêveries des enfants. En somme, je présente tous les traits de caractère de ce que la mythologie moderne appelle un “monstre sacré”. »

Critique

Le monde selon James BondA la manière d’un cameraman, le personnage de Bond est disséqué. Trois gros plans étudient le mythique héros, ses rapports avec les hommes « amis » et ses rapports plus controversés avec les femmes. La caméra recule ensuite pour filmer dans un plan plus large sa sphère ennemie, composée de tueurs à gages, de méchants diaboliques, d’hommes de pouvoir et d’accros aux casinos. Dans celle-ci, notre 007 joue souvent un double jeu, employant sans vergogne les méthodes de ces derniers et basculant facilement du côté du bien et du côté du mal, mais toujours pour sauver l’humanité et la Couronne, cela va de soi. La camera recule maintenant au maximum pour fixer des plans d’ensemble. Dans quel monde évolue notre héros ? Et là c’est du très, très sombre. Ce monde n’est peuplé que de sauvages, d’étrangers – au Royaume-Uni, et de pervers…

Autant dire qu’après la lecture de cet ouvrage plus grand chose ne nous est inconnu de James Bond et de son environnement. Rapidement l’on comprend qu’il n’est même pas un surhomme, mais un demi-dieu. Il ne lui manque que le pouvoir de création pour devenir l’Être suprême. Mais demi-dieu ne veut pas dire heureux. Derrière sa carapace perce sa fragilité. Il succombe aux tentations (luxure, alcool, etc.) quitte à se retrouver en mauvaises postures. Il n’a confiance en personne, ce qui complique les relations amicales ou amoureuses. Bref il est seul face à tous les autres, y compris ceux de son propre camp qui n’hésitent pas à s’en débarrasser sans scrupules quand ils le jugent devenu moins productif.

Au travers du prisme du personnage, les scénaristes, dont Ian Fleming au premier rang, donnent aussi l’image du système qui nous gouverne depuis la guerre froide (mais est-t-elle vraiment terminée ?). Avec plus ou moins de subtilité les films dénoncent le libéralisme, la mondialisation où le but ultime est d’amasser argent et pouvoirs, quelque en soit le prix à payer. Et qu’importe les moyens : les organisations gouvernementales (MI6, CIA et autres agences aux services des « bons ») n’ont pas beaucoup de différences avec les organisations criminelles ou terroristes qu’elles combattent.
Décadence et sociétés corrompues forment le fondement des aventures de Bond.

Et Jean-Philippe COSTES va plus loin dans son analyse. Aux différents plans de la caméra il aborde plusieurs angles de vue, comme la psychologie, la psychanalyse, l’existentialisme, la philosophie, l’histoire. Il n’hésite pas pour assoir ses propos à citer pêle-mêle Jung, Freud, Sartre, Camus… Cette approche intéressante se révèle cependant risquée car parfois un peu succincte, ce qui nuit à ses démonstrations.
Les clins d’œil qu’il révèle à d’autres œuvres cinématographiques et littéraires sont plus pertinents. Approfondir cette voie aurait été bénéfique. Il manque ainsi cruellement les références aux livres de Ian Fleming « himself ». Quelques comparaisons entre le James Bond du cinéma et celui du papier étonneraient plus d’un fan.

Alors que retenir de James Bond, perdu au milieu de ce monde peuplé de paranoïaques et de mégalomanes ? Peut-être que nous aspirons tous à devenir comme lui, le bonheur en plus, à savoir des demi-dieux aspirant à repousser « les limites fixées par Dieu, la Nature et la Société » ? Ou tout simplement à s’évader le temps d’un film, fut-il qu’une représentation grossière de notre société, à coup de gadgets, d’acrobaties et de corps à corps sulfureux.

Le monde selon James Bond
Portraits secrets d’un monstre sacré

Jean-Philippe COSTES Editions Liber - 2017

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